Le Festival

Un film, deux regards #2 – Synonymes

Dans cet article nous vous proposons un aperçu de nos ressentis sur le film ayant obtenu l’Ours d’Or de cette 69ème édition du festival : Synonymes
Par Morgan Bernabé et Maud Ramos-Guerrero

4338510.jpg-r_1920_1080-f_jpg-q_x-xxyxx.jpgProjection du jeudi 14 février 2019.
Synopsis : Yoav, un jeune Israélien, atterrit à Paris, avec l’espoir que la France et le français le sauveront de la folie de son pays.

Ni oui Ni non – Morgan
Que dire ? Difficile de mettre des mots sur ce film qui dit pourtant beaucoup. Sans même me demander si j’ai aimé ou pas ce film, la première remarque qui me vient en sortant de la salle c’est un soupir d’admiration pour cette proposition originale et courageuse. Synonymes sort totalement de l’ordinaire et nous livre un véritable regard sur le cinéma, avec des choix assumés qui transparaissent à travers une mise en scène saccadée et des interprétations excentriques. Quoi que vous en pensiez, qui que vous soyez, ce film ne pourra pas vous laisser indifférent, et c’est déjà là à mon sens un succès. Pas étonnant donc que ce film ait remporté le prix le plus convoité du Festival : cette récompense est à la hauteur de la prise de risque qu’il a illustré.
Avec son système de personnages simple pourtant composé de personnages complexes, ses scènes saccadées en caméra embarquée, son intrigue qui aborde les sujets tabous de l’État d’Israël, de la guerre et de la religion juive ; l’impudeur de ses scènes qui dévoilent les corps de façon étonnante, ce film est un océan d’inconnu et de fraîcheur qui nous touche par vagues de surprise. Ce film réussit le pari incroyable d’être à la fois rafraîchissant par la forme et universel par le fond, excentrique et appliqué, grave et drôle. Le dynamisme de sa mise en scène et de ses plans contraste avec la lenteur des dialogues et tout le film se déroule en fait comme à contre-sens de lui-même. Le film crée son propre rythme : un rythme qui n’existait pas avant lui, et qui ne pourra exister après.
Il est essentiel également de souligner l’importance des mots et du langage dans ce film intitulé “Synonymes” et qui ne cesse de jouer avec la langue. Ce que le film dit avec intensité et complexité, c’est le caractère fondamental de la langue. Tout se construit dans la langue et par la langue : c’est un hommage bien sûr à la langue française, mais surtout une réflexion sur la construction de l’être et de ses rapports aux autres à travers la langue. Les intrigues, les histoires, les personnages, les questionnements et réflexions, le titre : tout part de la langue dans ce film. On aurait tendance à regretter de ne pas tout saisir, ou de ne pas être sûr de tout saisir, et on serait peut-être tenté d’être frustré… Mais c’est là toute la magie de ce film et du cinéma : il faut lâcher prise pour en saisir le maximum, et le maximum n’est jamais plus que ce que l’on peut et devrait comprendre. Laissez-vous faire, vous en sortirez ensorcelé !

Ni oui Ni non – Maud
Synonymes porte son nom comme un chef, il a peut-être le même “sens” que d’autres films mais pourtant ses nuances de signification le rendent unique à la façon d’un OVNI. A la fois rafraîchissant et radicalement nouveau, ce film conjugue le format cinématographique et la mise en scène propre au théâtre avec beaucoup d’humour et de justesse. On pourrait penser que ce jeu d’acteur empêcherait de s’identifier aux personnages mais on s’attache pourtant énormément à eux. Yoav, “héro” du film, est à la fois drôle et touchant, malgré le fait qu’on ne connaisse de lui que son présent. Ce film est avant tout une tranche de vie, sans passé et avec une multiplicité de futurs possibles, qui sont laissés au libre cours de l’imagination du spectateur. En ce sens, la fin peut paraître assez déstabilisante et brutale pour bon nombre de spectateur. Elle sert pourtant le récit et reste très cohérente avec le ton et le rythme du film. C’est cette fin abrupte qui pousse à repenser et réfléchir ce film. La réflexion vient également du fait qu’il décrit une réalité sociale oubliée du cinéma et de la société. On peut se projeter dans la situation de Yoav, et s’identifier au couple de Caroline et Emile, jeunes parisiens aidant le héro dans ses péripéties. On est mené par le bout du nez tout du long par une mise en scène et un scénario aux antipodes des films de comédie classique. Synonymes est une comédie totalement farfelue qui n’appartient qu’à elle et qui s’impose aux spectateurs malgré sa bizarrerie. En bref : un film qui mérite son prix tant il ne laisse pas indifférent.

Photographies :
crédits : Guy Ferrandis

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