Le Festival

Méchant, obscène, ignorant, hideux, sordide, grossier, abominable, fétide, lamentable, répugnant, détestable, abruti, étriqué, bas d’esprit – « Synonymes » de Nadav Lapid

Projection du 14 février 2019 à 15h au Friedrichstadt-Palast ;
« Synonymes » , réalisé par Nadav Lapid.

Avec une belle cinématographie et un jeu d’acteurs particulier, Nadav Lapid dans son film nous parle de l’assimilation de Yoav (Tom Mercier), un jeune homme israélien dans la société française, ou plus précisément parisienne, tout en s’inspirant de sa propre vie.

Le seul film de la sélection officielle en compétition que j’ai vu et également celui orné par l’ours d’or cette année. Si c’est mérité ? Oui. S’il y avait des meilleurs films en compétition ? Je ne peux pas savoir. Si ce choix est influencé par la politique de l’Allemagne envers Israël ? Je ne crois pas.

Comme j’ai déjà dit, j’ai beaucoup apprécié dans ce film la cinématographie, les plans et le color grading. La caméra, qui reste focalisée sur les caractères et leurs émotions, tremble légèrement des fois suivant les actions qui se déroulent, dans l’objectif de rapprocher les spectateurs et les personnages principaux. Le réalisateur explique qu’il voulait par ce choix dépeindre les tourments émotionnels qu’il a vécus dans certaines situations reprises dans le film. Tout de même, ces mouvements de la caméra ne vont jamais au delà de l’agréable. Les couleurs chaudes font aussi un effet de rapprochement aux caractères principaux, d’espoir et d’empathie. De cette façon, une forte identité visuelle du film est construite.

Ce que j’ai aimé le plus ce sont la sincérité et la simplicité du scénario, constellé par un humour souple. Cet humour qui a réussi à faire rire la grande salle de Friedrichstadt-Palast au même temps, mais qui a également provoqué chez moi un sentiment de honte presque à en rire toute seule des fois dans cette salle immense.

Au début du film, Yoav achète un dictionnaire de la langue française; tout au long du film il répète les différents synonymes pour les apprendre – d’où le nom de cet article et du film d’ailleurs. Cependant, les synonymes dans le film se réfèrent aussi à nos mécanismes mentaux auxquels on fait recours afin de nous consoler, de se faire sentir mieux – d’éteindre le désir, tout en le substituant. Yoav refuse de parler l’hébreu depuis son arrivé, il le remplace par le français. Son corps et son chair hébreux sont substitués par la langue et l’esprit français. La seule fois quand on l’entend parler hébreu est quand son corps, humilié et nu revient à sa base. Un flux des mots hébreux presque décontextualisés sortent de sa bouche, conquérant ses croyances et ses idées avec lesquelles il est venu et en accord avec lesquelles il habitait si bien jusqu’à ce moment. Pourtant, cela se passe quand il sait que personne ne le comprend.

Cette notion revient à la question des nos départs définis : jusqu’où devrions-nous aller afin de pouvoir confronter nous-mêmes ?

Photo credit : SBS Films et Felipe Trueba/EPA-EFE/Shutterstock

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